Fortis : le gouvernement belge rassure mais l’action chute

photo_1234463919448-1-1.jpg
ée générale à Bruxelles le 11 février 2009 (Photo : John Thys)

[12/02/2009 18:40:40] BRUXELLES (AFP) Le gouvernement belge a encore vanté la fiabilité du premier établissement bancaire du royaume, Fortis Banque, après un vote des actionnaires qui compromet sa vente au français BNP Paribas et a fait dégringoler jeudi l’action Fortis Holding en Bourse.

“La banque Fortis est à présent à 100% propriété de l’Etat belge. La situation est saine. Cette banque est tout à fait fiable (…). Bien sûr, nous aurions préféré une autre solution, mais l’actionnaire a parlé”, a déclaré le Premier ministre belge Herman Van Rompuy après une rencontre à Bruxelles avec son homologue français, François Fillon.

“Nous regardons avec intérêt ce qui se passe, nous en avons parlé ensemble (…), mais l’Etat français n’intervient pas dans le dossier”, a dit de son côté François Fillon, soulignant que “BNP Paribas est une banque privée”.

La réaction de BNP est l’une des inconnues du dossier. Le groupe, lié au moins jusqu’au 28 février par un accord signé avec l’Etat belge, n’a pas dit pour l’instant s’il jetait l’éponge.

En attendant, Fortis Banque s’efforce de rassurer ses clients avec une pleine page de publicité dans plusieurs quotidiens belges. Elle insiste sur le fait que son activité continue, avec “l’appui de l’Etat belge”.

Si les clients ne désertent pas la banque pour l’instant, l’incertitude en tout cas ne plaît pas aux boursiers: à Bruxelles, l’action de sa maison mère, Fortis Holding, a terminé jeudi en baisse de 15,91% à 1,11 euro.

L’assemblée générale des actionnaires de Fortis Holding a rejeté mercredi la nationalisation de l’essentiel des activités aux Pays-Bas par l’Etat néerlandais, et celle de Fortis Banque par l’Etat belge, empêchant de facto BNP d’en racheter 75% comme prévu initialement.

Même s’il n’annule pas automatiquement les contrats signés, ce vote ouvre la porte à une cascade de recours judiciaires.

“Nous allons déposer un référé contre l’Etat néerlandais parce que la vente n’est pas valide, et cela a été confirmé mercredi lors de l’assemblée générale des actionnaires”, a ainsi déclaré à l’AFP l’avocat Adriaan de Gier, conseil de l’association FortisEffect, qui regroupe 1.250 actionnaires du bancassureur démantelé.

Sur le plan politique, le ministre belge des Finances Didier Reynders est devenu la cible de la presse flamande.

“Le gouvernement, et principalement le ministre Reynders, porte une responsabilité écrasante dans cette débâcle”, selon De Standaard, le journal de référence dans la partie néerlandophone de la Belgique.

Le journal économique De Tijd a dénoncé de son côté “une gaffe de taille” du gouvernement qui a “sans aucun doute aidé le camp du non” lors de l’assemblée générale.

Fortis Banque a tenté à la dernière minute de participer au vote en utilisant un paquet d’actions de sa maison mère qui étaient en sa possession, et représentaient environ 5% du capital. Assez pour changer l’issue du vote, qui s’est joué de peu et avec seulement 20,32% du capital représentés.

Il n’était “pas question d’un coup d’Etat”, a assuré Herman Van Rompuy, renvoyant la responsabilité sur l’assureur chinois Ping An, premier actionnaire de Fortis avec 5% du capital, qui a voté “non”.

“Si l’investisseur chinois avait pris une autre attitude, la décision aurait été autre”, a souligné le Premier ministre.

“Si cela se passe mal les gens cherchent toujours un bouc émissaire”, a réagi de son côté Didier Reynders. “Je ne ressens pas cela comme un échec individuel.”