2009, un record de destruction d’emplois salariés malgré les aides publiques

[12/02/2010 16:35:59] PARIS (AFP)

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îne de montage d’automobiles à Sochaux le 18 mars 2009 (Photo : Sebastien Bozon)

La France a connu en 2009 une saignée jamais vue du nombre d’emplois salariés depuis au moins 1994, notamment dans l’industrie, malgré une pléiade d’aides publiques et une baisse “moins marquée” au quatrième trimestre.

L’économie a enregistré son septième trimestre consécutif de baisse de l’emploi salarié fin 2009, de -56.500 (-0,4%), selon un chiffre provisoire publié vendredi du département statistiques du ministère de l’Emploi (Dares).

Cela ramène à 16,019 millions le nombre de salariés, hors agriculture, administration, éducation, santé, action sociale, soit -412.000 postes par rapport à 2008 (-2,5%). Le chiffre est susceptible d’être révisé le 11 mars.

On s’achemine vers un total de 450.000 destructions d’emplois en intégrant les secteurs non marchands, souligne le secrétaire d’Etat à l’Emploi Laurent Wauquiez.

C’est moins que redouté par l’Insee en juin, mais le triple de l’année 2008 (-145.000), alors que “le recul de l’emploi s’observe partout dans le monde”, note Yannick L’Horty, professeur d’économie à Evry.

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és des secteurs principalement marchands en France du 4T 2008 au 4T09

Aucune inversion rapide des destructions d’emploi n’est attendue en 2010, ni par les économistes, ni le gouvernement qui prévoit -71.000 emplois salariés (-120.000 dans le secteur marchand).

“Facteur aggravant, le recul de l’emploi n’est pas localisé dans les branches les plus sensibles à la conjoncture (…). Les territoires les plus industriels subissent une dégradation du marché local du travail plus profonde que les zones tertiaires, ce qui exacerbe les fractures territoriales” entre la Corse et la Picardie, par exemple et au sein même des régions, note M. L’Horty, dans un numéro spécial des Cahiers français.

En 2009, l’emploi salarié dans l’industrie a reculé de -5,6% (-196.100 postes dont -192.100 dans l’industrie manufacturière), contre -3,6% dans la construction (-53.100) et -1,4% dans le tertiaire (-162.800 dont -19.500 intérimaires), selon la Dares.

“L’emploi ne repartira que lorsque la croissance économique sera considérée par les entreprises comme suffisamment solide (…) nous n’en sommes pas encore là”, estime Nicolas Bouzou, économiste chez Asteres.

“Du côté de l’investissement, c’est toujours une morne plaine”, souligne Alexander Law (Xerfi). Or, si les entreprises n’investissent pas, elles n’embauchent pas, notamment des cadres.

A un mois des élections régionales, M. Wauquiez a jugé que le bilan “aurait pu être bien plus (lourd)”, se flattant dans Les Echos d'”avoir raisonné à l’opposé de la relance par la consommation proposée par le Parti socialiste” et d'”avoir abandonné la logique de l’Etat pompier” et “la vieille politique de l’assistance”.

Il reconnaît que sur les formations promises pendant les périodes de chômage partiel, on est “au début du chemin” et que pour la formation des chômeurs en général, “les résultats n’ont pas été bons l’an dernier”.

“La lutte pour l’emploi, qui a déjà porté des fruits tangibles en 2009, se poursuivra avec des mesures qui ont fait leur preuve”, a souligné pour sa part Christine Lagarde, la ministre de l’Emploi, citant le dispositif “zéro charge” pour les embauches dans les très petites entreprises, l’aide au chômage partiel, à l’apprentissage et la formation professionnelle.

La formation est la clé car si à court terme, une configuration à deux vitesses –emplois stables d’un côté, sous-traitance et intérim de l’autre– amortit les chocs, la mutation de l’appareil productif, à l’oeuvre depuis la seconde moitié des années 1990, nécessite un redéploiement du capital humain vers les métiers porteurs, selon le Centre d’analyse stratégique (ex-commissariat au Plan).