Gazprom réduit ses livraisons de gaz à Minsk, réunion de crise à Bruxelles

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ï Miller, le 26 juin 2009 à Moscou (Photo : Alexander Nemenov)

[21/06/2010 15:37:45] MOSCOU (AFP) La Russie a mis à exécution lundi sa menace de réduire ses exportations de gaz vers le Bélarus à la suite d’un conflit financier, alors que l’Union européenne a organisé une réunion de crise craignant des perturbations pour ses membres dépendant du transit.

Le géant gazier Gazprom, contrôlé par l’Etat russe, a commencé à diminuer ses exportations de gaz vers cette ex-république soviétique à partir de 06H00 GMT, tout en continuant de négocier avec lui pour parvenir à un accord.

“La dette n’a pas été réglée et (…) nous introduisons un régime de restriction de 15% des livraisons de gaz vers le Bélarus”, a déclaré le patron de Gazprom, Alexeï Miller, selon des images retransmises par la télévision russe.

En l’absence d’accord, la baisse de livraisons arrivera “graduellement à 85%”, a-t-il prévenu.

L’Union européenne (UE), dont 20% des importations de gaz russe transitent par le Bélarus et le reste par l’Ukraine voisine, a convoqué lundi à Bruxelles une réunion de crise entre experts européens et russes pour évaluer toute conséquence éventuelle de ce conflit.

Le vice-Premier ministre russe, Igor Setchine, a informé de la situation le commissaire européen à l’Energie, Günther Oettinger. Le responsable russe n’a pas exclu le “prélèvement illégal” par Minsk du gaz destiné à l’Europe, lors d’une réunion du gouvernement russe, selon l’agence Itar-Tass.

“Nous suivons la situation de très près et nous estimons que les livraisons de gaz russe transitant par le Bélarus ne seront pas perturbées par le conflit”, a commenté, rassurante, une porte-parole de la Commission européenne devant la presse.

Les Européens avaient déjà subi en janvier 2009 une interruption de deux semaines des livraisons russes, en raison d’un conflit entre Moscou et Kiev.

Si le Bélarus devait cesser d’approvisionner l’Europe, la Lituanie serait le pays de l’UE le plus touché. La Pologne et l’Allemagne pourraient être affectées indirectement, selon Bruxelles.

La Lituanie a indiqué lundi recevoir “les pleines quantités de gaz” et être prête à d’éventuels problèmes.

Neuf heures après la baisse des fournitures russes, aucune partie ne signalait de perturbation de l’approvisionnement de l’UE.

Régulièrement confrontée à des problèmes d’arriérés de paiement de Minsk, la Russie lui avait donné jusqu’à lundi pour s’acquitter de sa dette gazière accumulée depuis le début de l’année et qui atteint selon Gazprom environ 200 millions de dollars.

Dans l’après-midi, le gouvernement bélarusse a promis de payer son ardoise d’ici deux semaines, sans pour autant satisfaire Moscou.

“Personne ne va attendre deux semaines”, a rétorqué le porte-parole de Gazprom porte-parole, Sergueï Kouprianov, à l’agence RIA Novosti. Le groupe russe décidera des mesures à prendre mardi, a-t-il ajouté.

De son côté, Minsk réclame à Moscou presque 220 millions de dollars pour le transit de gaz vers l’Europe. Gazprom a reconnu lundi l’existance d’une dette d’une montant “comparable” à l’ardoise bélarusse, sans donner la date de son règlement.

La Russie souligne disposer de possibilités de contourner le Bélarus pour honorer ses contrats avec les clients européens, en faisant transiter le gaz par l’Ukraine et la Pologne.

“Il existe la possibilité de réorienter, en cas de nécessité, le flux vers d’autres itinéraires, notamment via le système ukrainien des gazoducs”, a souligné lundi le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, selon les images de la télévision.

L’opérateur public des gazoducs ukrainiens Uktransgaz s’est aussitôt déclaré prêt à accepter, dans un communiqué.