Conseil des ministres franco-allemand à Fribourg sur fond de dette dans la zone euro

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à Lisbonne (Photo : Lionel Bonaventure)

[10/12/2010 06:57:49] FRIBOURG (Allemagne) (AFP) Le 13e conseil des ministres franco-allemand, vendredi à Fribourg, sera scruté avec attention par leurs partenaires européens et par les investisseurs alors que les tensions demeurent sur la dette des pays les plus fragiles de la zone euro.

“Cette rencontre intervient dans un contexte difficile et important. Tout ce qui est élément d’entente, de mésentente, d’ambition, de manque d’ambition sera regardé attentivement”, prédit Jean Pisani-Ferry, économiste et directeur de l’institut Bruegel à Bruxelles.

Et ce d’autant que pour l’instant, les dirigeants européens peinent à se mettre d’accord sur des mesures plus radicales pour enrayer la spéculation dont font l’objet les dettes de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne, pour ne citer qu’eux.

Les ministres des Finances de la zone euro, réunis lundi à Bruxelles, ont décidé de repousser à plus tard la possibilité d’augmenter le fonds de secours pour les pays en difficulté, tandis que l’idée d’emprunts obligataires communs est loin de faire l’unanimité. L’Allemagne, première économie européenne, en particulier la refuse, s’attirant de vifs reproches du président de l’Eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui l’a qualifiée d'”anti-européenne”.

Berlin a reçu jeudi le soutien de la France, qui silencieuse sur les réformes ces derniers temps, a jugé qu'”il n’y (avait) pas lieu aujourd’hui de discuter de nouvelles propositions”.

L’entretien bilatéral de vendredi portera surtout sur la préparation du conseil européen de Bruxelles en fin de semaine prochaine, qui doit notamment endosser la création du mécanisme permanent de soutien financier décidée par l’Eurogroupe le 28 novembre et des modalités de révision du traité nécessaires.

Les autres échéances européennes, notamment le futur budget, seront également abordées. “Il y a convergence de vues franco-allemande sur l’idée qu’il ne faut pas forcément dépenser plus mais mieux”, dit-on à l’Elysée.

Aucune annonce spectaculaire n’est toutefois attendue, Berlin, souvent accusé ces derniers mois de vouloir imposer ses vues, se montrant désormais circonspect.

“Les Allemands sont prudents et ne veulent pas donner l’impression qu’ils sont maîtres en Europe car ils savent que cela suscite une réaction de rejet”, explique Claire Demesmay, de la Société allemande de politique étrangère (DGAP) à Berlin.

L’épisode de Deauville, où la chancelière Angela Merkel et le président Nicolas Sarkozy ont donné l’impression d’agir en solo, est aussi passé par là.

“Ils vont faire attention cette fois à donner le sentiment d’être à l’écoute”, estime Mme Demesmay, pour qui toutefois il est évident que tout le monde attend du couple franco-allemand qu’il prenne des initiatives.

“C’est moins un problème de fond que de communication. Ils doivent s’entendre avant d’en parler aux autres car ils représentent des positions différentes en Europe mais il faut aussi qu’ils soient ouverts aux propositions des autres Européens”, ajoute-t-elle.

Le porte-parole du gouvernement allemand ne dit pas moins: “Un accord franco-allemand n’est jamais une mauvaise chose (…). Mais la réunion des chefs d’Etat et de gouvernements (à Bruxelles) est cruciale”.

“La crise de l’euro a montré que le dernier mot en Europe appartient à Berlin (…) mais l’Allemagne n’a pas intérêt non plus à être le mouton noir”, estime Ulrike Guérot, du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) à Berlin. Quant à la France, “fragilisée par une situation économique difficile et la nécessité de réduire ses dépenses publiques, elle fait profil bas aujourd’hui. Mais elle n’a pas renoncé à ses projets de coordination économique européenne”, estime Mme Demesmay.

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à Lisbonne (Photo : Lionel Bonaventure)

Après des semaines de discussions ardues sur les mérites respectifs de l’arme nucléaire et d’un bouclier antimissile, la France et l’Allemagne ont fini par trouver vendredi un compromis permettant aux deux pays d’affirmer qu’ils ont préservé l’essentiel.

Dans les discussions préparatoires, Paris insistait sur le caractère uniquement complémentaire du bouclier antimissile, tandis que Berlin souhaitait que l’Otan s’engage plus franchement dans le désarmement nucléaire.

L’Otan, dans son nouveau “concept stratégique” adopté vendredi, balance entre ces deux extrêmes.

L’Alliance atlantique se dit déterminée à “créer les conditions d’un monde sans arme nucléaire”, appuyant l’option zéro promue par le président américain Barack Obama en avril 2009 à Prague. Mais elle “reconfirme que tant qu’il y aura des armes nucléaires dans le monde”, elle “restera une alliance nucléaire”.

Si la défense antimissile est “l’un des éléments centraux” de la défense collective et si, fait nouveau, un recours à l’arme nucléaire est jugé “extrêmement improbable”, néanmoins, les arsenaux américains, français et britanniques sont considérés comme représentant une “garantie suprême” de la sécurité des alliés.

Au départ, la France voulait surtout empêcher l’Allemagne d’obtenir que la défense antimissile se substitue progressivement à la dissuasion nucléaire. La présidence française a donc estimé que “le texte sur lequel on s’est mis d’accord parle du bouclier antimissile qui renforce la dissuasion nucléaire”. “Notre objectif, a déclaré à l’AFP la même source, est de renforcer la dissuasion en tant qu’élément central de notre défense collective (…) Le problème est réglé, la dissuasion nucléaire reste le coeur de la stratégie de l’Otan et le bouclier antimissile vient renforcer la dissuasion”.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, le libéral Guido Westerwelle, qui a le plus fortement milité en faveur de la thèse antinucléaire, a pour sa part estimé que “les Allemands” pouvaient “être très satisfaits de la position que nous avons introduite” dans le texte du concept. Il avait réclamé en février dernier que soit évoquée la possibilité d’un retrait des quelques dizaines de bombes atomiques américaines encore stockées en Allemagne, et dans le reste de l’Europe.

Toutefois l’Otan, sous la pression américaine, avait convaincu Berlin de renoncer temporairement à cette revendication pour ne pas faire une concession unilatérale à la Russie. Washington souhaite amener Moscou à négocier une réduction du nombre de ses propres armes tactiques nucléaires à courte portée (obus et missiles), beaucoup plus nombreuses.

La chancelière Angela Merkel a souligné qu'”il n’y avait pas de difficultés entre l’Allemagne et la France, au contraire”.

“Le désarmement est fondé à mon sens, à notre sens en Allemagne, aussi sur le fait qu’il est réciproque, ce qui signifie que les autres doivent eux aussi désarmer”, a-t-elle poursuivi. “Et c’est pourquoi, a-t-elle conclu, je ne vois pas de contradiction entre bouclier antimissile et désarmement, ce sont deux choses qui doivent être réalisées”.