L’UE révise sa politique d’aide aux pays du sud de la Méditerranée

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évrier 2011à Tunis (Photo : Fethi Belaid)

[20/02/2011 07:36:00] BRUXELLES (AFP) L’Europe engage à partir de dimanche une refonte de sa politique d’aide aux pays de la rive sud de la Méditerranée, accordée jusqu’ici avec trop de complaisance à des régimes autoritaires, avec comme point d’orgue une visite, mardi, de sa chef de la diplomatie en Egypte.

Les Européens, qui apparaissent à la traîne des Etats-Unis depuis le début de la vague de contestation dans le monde arabe ayant déjà balayé le Tunisien Zine El Abidine et l’Egyptien Hosni Moubarak, tentent désormais de remonter la pente. Même s’ils restent conscients que les Etats-Unis continuent à jouer les premiers rôles.

La haute représentante de l’UE aux Affaires étrangères, Catherine Ashton, devrait être le premier visiteur de haut rang à se rendre en Egypte depuis la chute du raïs, lundi soir et mardi.

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égyptiennes le 18 février 2011 place Tahrir au Caire (Photo : Pedro Ugarte)

“Les autorités égyptiennes souhaitaient que ce soit l’UE qui vienne en premier”, souligne un diplomate européen de haut rang. “Elles ont apprécié que l’UE fasse preuve de plus de retenue que les Etats-Unis dans les pressions pour faire partir Moubarak”, dit un autre. Mme Ashton fera le point au Caire des besoins d’aide de l’Egypte.

La question devait être dès dimanche soir à l’ordre du jour d’un dîner de travail à Bruxelles des ministres européens des Affaires étrangères. Ils entendent remettre à plat leur politique de soutien à leurs voisins du Sud, dite “politique de voisinage”, et discuter ensuite lundi des mesures concrètes de soutien à la transition démocratique.

Pour l’Italien Franco Frattini, “l’Europe doit agir vite” en proposant un véritable “Plan Marshall” au monde arabe. Sinon, cela “conduira à plus d’immigration illégale, de terrorisme et de radicalisme islamiste”, a-t-il averti.

Globalement, l’UE envisage de conditionner plus sévèrement ses subsides aux respect de l’Etat de droit et d’opérer une “différenciation” entre les pays.

Un document diffusé par Berlin propose ainsi de lier davantage l’aide européenne à “l’évaluation des progrès” sur le plan de la démocratie et des droits de l’homme et “à l’inverse de sanctionner les reculs” en la matière.

Plusieurs pays de l’UE riverains de la Méditerranée plaident aussi pour un effort accru en faveur des voisins du Sud.

“Les disparités d’enveloppes (des fonds européens) sont aujourd’hui difficilement justifiables et soutenables”, estime un document cosigné par la France, Malte, l’Espagne, Chypre, la Slovénie et la Grèce. Il relève que l’UE donne seulement 1,8 euro par habitant et par an à l’Egypte, 7 euros à la Tunisie mais 25 euros à la Moldavie.

Le risque d’une redistribution des fonds, susceptible de se faire au détriment des voisins de l’ex-URSS, inquiète l’Europe de l’Est. La présidence hongroise de l’UE est déjà furieuse d’avoir dû renoncer à organiser en mai un sommet du “partenariat oriental” qui lie l’UE à l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Bélarus, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine.

“Nous voulions à l’origine obtenir une augmentation des fonds prévus dans le cadre du partenariat oriental, mais à présent si nous parvenons à maintenir les montants inchangés ce sera déjà bien”, commente un diplomate d’un pays d’Europe orientale.

Paris, Rome et les autres capitales de sud de l’UE veulent aussi tenter de relancer l’Union pour la Méditerranée, chère à la France mais enlisée depuis ses débuts du fait de l’impasse israélo-palestinienne.

“La crise actuelle pourrait être un stimulus pour rediriger l’UPM vers les projets concrets annoncés à son lancement”, comme des autoroutes maritimes ou terrestres ou bien des projets d’énergies renouvelables, juge Franco Frattini.

L’UE a aussi décidé de mieux coordonner son aide avec ses partenaires internationaux: ce sera l’objet d’une réunion mercredi de hauts fonctionnaires à Bruxelles.