S’il faut sauver l’Espagne, une facture de centaines de milliards d’euros

photo_1338630849106-1-1.jpg
La Bourse de Madrid le 30 mai 2012 (Photo : Pierre-Philippe Marcou)

[02/06/2012 09:56:13] MADRID (AFP) Alors que l’Espagne semble étranglée par les besoins financiers de ses banques et de ses régions, le scénario d’un sauvetage externe du pays, même partiel, est envisagé avec sérieux par les économistes, qui estiment qu’il en coûterait plusieurs centaines de milliards d’euros.

Demander l’aide de l’Europe ou du FMI, c’est pour l’instant une option inenvisageable pour le gouvernement de droite, au pouvoir depuis décembre seulement et très critique envers son précédesseur socialiste, qu’il accuse d’avoir très mal géré la crise.

Tout au long de la semaine, après avoir annoncé le sauvetage public le plus cher de son histoire, celui de Bankia (23,5 milliards d’euros, dont 19 restent à trouver), le pays a été chahuté sur les marchés, voyant sa Bourse retomber aux plus bas niveaux depuis 2003 et ses coûts d’emprunt grimper à des sommets.

Ultime indice du vent de panique, révélé jeudi: au premier trimestre les investisseurs ont retiré d’Espagne 97 milliards – presque 10% du PIB – pour les placer à l’étranger, un chiffre record.

Pourtant Madrid a nié, encore et toujours, avoir besoin d’un coup de pouce extérieur.

Mais même si le FMI lui-même a démenti un tel projet, “il semble que l’Espagne est arrivée au point de ne plus pouvoir supporter son fardeau toute seule”, souligne dans une note l’analyste David Mackie, chef économiste pour l’Europe à la banque JP Morgan.

Selon lui, “le gouvernement espagnol veut que la BCE achète directement sa dette souveraine et que les mécanismes d’aide européens comme le FESF ou le MES (fonds et mécanisme européens de stabilité financière, ndlr) recapitalisent directement ses banques”.

Pour calculer le coût d’une telle intervention, on peut utiliser plusieurs méthodes: comparer avec les exemples précédénts (Portugal, Irlande, Grèce) en tenant compte de la taille plus importante de l’Espagne, quatrième économie en zone euro, ou partir des besoins de financement du pays.

L’Espagne représente 12% de l’économie de la zone euro, contre seulement 6% pour l’Irlande, le Portugal et la Grèce réunis. Les plans de sauvetage de ces trois pays ont coûté respectivement 85 milliards, 78 milliards et 292 milliards d’euros… ce qui laisse augurer d’un coût encore plus élevé pour Madrid.

Quant aux besoins de financement, ceux de l’Etat sont de 86 milliards d’euros bruts en 2012, dont la moitié est déjà empruntée (le montant devrait être similaire en 2013 et 2014). Les régions affrontent des échéances de dette pour près de 36 milliards, auxquels il faut ajouter, selon les médias, 15 à 16 milliards pour financer leurs déficits.

Les banques, pénalisées par les actifs immobiliers risqués, devraient avoir besoin de jusqu’à 60 milliards, selon l’Institut de la finance internationale (IIF).

Mais un sauvetage devra couvrir les besoins de l’Espagne sur plusieurs années: c’est le calcul, sur trois ans, qu’a fait la banque HSBC, estimant à 450 milliards d’euros le coût global, dont 100 milliards pour les banques.

JPMorgan table elle sur une facture de 350 milliards, dont 75 pour le secteur financier, pour couvrir les besoins jusqu’en 2014.

HSBC estime toutefois le scénario “peu probable”: “personne n’a envie de voir l’Espagne arriver au point d’avoir besoin d’un paquet complet d’aides de la Troïka (UE, BCE et FMI, ndlr), car cela impliquerait que la crise de la zone euro est entrée dans une phase encore plus préoccupante”.

Edward Hugh, économiste indépendant installé à Barcelone, est plus pessimiste: “une tentative pour sauver l’Espagne est probable, et c’est probable qu’elle arrive en juillet” quand le mécanisme européen de stabilité sera opérationnel avec une capacité de 500 milliards.

Selon lui, l’espoir est que ce sauvetage se limite à “la recapitalisation des banques”, ce qui coûterait “150 à 200 milliards”.

“Je pense qu’il est tout simplement très dangereux de laisser l’Espagne continuer comme ça”, car le pays, s’il doit être secouru dans son ensemble, est “trop gros pour tomber et trop gros pour être sauvé”.

“On interviendra avant d’arriver à cette extrêmité-là, on ne laissera pas tomber l’Espagne”, renchérit Jesus Castillo, spécialiste de l’Europe du Sud chez Natixis.

Pour sauver ses banques, “on voit difficilement comment l’Espagne va réussir à s’en tirer toute seule” et “c’est pour cela que l’issue passe certainement par une intervention européenne”, ce qui “desserrera la pression sur l’Etat espagnol”.