à Madrid (Photo : Pedro Armestre) |
[10/06/2012 16:11:40] MADRID (AFP) L’Espagne a demandé une aide européenne pour ses banques en plein week-end, quand les marchés sont fermés, mais dès lundi elle devra affronter leur verdict, et la détente pourrait être de courte durée, préviennent les analystes, car ce prêt n’est pas sans conséquences.
“Un sauvetage est un sauvetage, désolé l’Espagne”, écrit Steen Jakobsen, économiste en chef de Saxo Bank, dans une note, alors que le gouvernement rechigne à utiliser ce mot, préférant parler d'”appui financier”.
Premier effet: ce prêt de la zone euro, qui devrait être selon El Pais à un taux de 3% (contre plus de 6% que paie actuellement le pays pour emprunter sur le marché), “augmente le part de dette publique espagnole sur le PIB”, note l’analyste.
Cette aide sera considérée comme “de la dette publique” et “devra absolument être remboursée”, a reconnu le ministre de l’Economie Luis de Guindos.
Si Madrid prend toute l’enveloppe disponible – 100 milliards d’euros -, alors sa dette bondira immédiatement de 10 points, de quoi atteindre un niveau d’environ 90% du PIB fin 2012.
“Cela n’affectera absolument pas le déficit public”, que le pays a promis de ramener de 8,9% du PIB à 5,3% cette année, a affirmé le chef du gouvernement, Mariano Rajoy.
“Logiquement, cela a un impact direct sur le déficit public, via le paiement des intérêts” de la dette, le contredit Alfonso Garcia Mora, directeur général du cabinet d’analystes Afi.
“Nous n’avons pas encore fait de calculs” à ce sujet, a d’ailleurs avoué Luis de Guindos.
L’ouverture lundi des marchés, boursier comme obligataire, sera cruciale pour l’Espagne, quatrième économie de la zone euro.
“En théorie, l’impact ne devrait pas être négatif, mais comme l’incertitude reste tellement élevée, avec tellement d’éléments encore à régler (dans le plan de sauvetage), qu’il est possible que les investisseurs préfèrent attendre avant de prendre des décisions d’achat”, note Alfonso Garcia Mora.
“Le marché semble croire à une ouverture en forte hausse”, remarque Steen Jakobsen, mais “je doute que cela dure plus de 24 heures”.
“Le sauvetage va certainement donner du temps au gouvernement espagnol et améliorer l’accès des banques au financement”, soulignent les analystes David Watts et John Raymond, de CreditSights.
“Mais cela ne va pas résoudre pour longtemps les problèmes auxquels fait face l’Espagne et nous pensons toujours qu’une demande d’aide (du pays) pour une assistance du fonds de secours européen est dans l’air”.
“Madrid reviendra pour demander plus”, “cela pourrait commencer dès cet automne”, veut croire Edward Hugh, économiste indépendant installé à Barcelone, et “il y aura plus de conditions” demandées en retour par la zone euro.
Car le plan de sauvetage, en ne se concentrant que sur le secteur financier, “ignore la pleine ampleur de la crise en Espagne”, estime Steen Jakobsen, qui cite “le chômage”, à un niveau record de 24,44%, “la faible productivité, les déficits budgétaires”, menacés par les graves dérapages des 17 régions autonomes, “et le manque de financement”.
“Imaginons que les pessimistes aient raison, que les marchés voient cela comme un sauvetage et que se ferme l’accès au financement pour la dette publique (espagnole), et que dans quelques semaines les agences de notation abaissent la note espagnole au niveau spéculatif, alors il est évident que le sauvetage devra s’étendre” au reste de l’économie, pense le politologue Anton Losada, professeur à l’université de Saint-Jacques de Compostelle.
Au final, “si cela se passe comme dans d’autres pays secourus, où les investisseurs, au lieu d’aller mieux, sont partis, et où la prime de risque a augmenté, alors je crois que la situation, au lieu de s’améliorer, empirera”, prévient José Carlos Diez, économiste en chef de la maison de courtage Intermoney.
Cette prime de risque, qui mesure le surcoût payé par l’Espagne pour emprunter, par rapport à l’Allemagne, navigue depuis dix jours autour des 500 points de base (5 points de pourcentage), niveau jugé insoutenable à long terme.
La Bourse madrilène reste elle à ses niveaux les plus bas depuis 2003.