à Madrid, le 8 juin 2012 (Photo : Dominique Faget) |
[25/06/2012 06:44:27] CATARROJA (AFP) L’heure du déjeuner s’achève paresseusement dans le restaurant Hispania, accolé à un terrain de golf proche de Valence. La crise semble loin et pourtant Manuel Espinar, le gérant, accuse le coup: “Depuis deux ans, nous sommes complètement étranglés”, confie-t-il.
Dans le claquement lointain des balles de golf, quelques tablées de clients dégustent leurs paellas, plat typique de cette région de la côte méditerranéenne de l’Espagne.
Lunettes de soleil, costume élégant, Manuel Espinar, 46 ans, est le gérant des trois restaurants Hispania, installés dans la petite ville de Catarroja et aux environs, et d’un service de traiteur.
A la tête d’une affaire plutôt prospère, il explique que le coeur de sa clientèle en semaine, les entreprises, a réduit drastiquement ses dépenses. Résultat: “Nous avons dû baisser nos prix. Nous survivons, mais nous ne pouvons pas nous développer.”
Car les marchés financiers ne sont pas les seuls à scruter de près le plan européen de sauvetage des banques espagnoles: les petites entreprises, poumon de l’économie du pays, asphyxiées par le manque de crédits, espèrent que cette aide permettra enfin de relancer leur activité.
Manuel Espinar aimerait ouvrir un nouveau restaurant afin d’occuper une partie de ses employés, une vingtaine de postes fixes, trop nombreux depuis que la demande a chuté.
“Mais c’est mission impossible que d’obtenir un crédit”, lance-t-il.
Les chiffres de la Banque d’Espagne le montrent: le volume des crédits accordés par les banques n’a fait que chuter depuis 2009.
Cette année, le plongeon est encore plus prononcé, environ 4% chaque mois par rapport à 2011.
Dangereusement exposées au secteur immobilier, sinistré depuis l’explosion en 2008 de la bulle qu’elles avaient elles-mêmes alimentée, une partie des banques croule sous les impayés.
Trop occupées à assainir leurs bilans, frileuses face au risque, elles ne prêtent plus.
“C’est ça le handicap actuel du chef d’entreprise espagnol: il ne peut pas licencier car il n’a plus d’argent et il ne peut pas se développer car il n’a pas de capacité de financement”, explique Manuel Espinar.
“Pour certains restaurants, il est même impossible de repeindre ou de changer la décoration, car nous survivons à peine pour payer les dépenses”, ajoute le chef d’entreprise.
Un tel assèchement des crédits contraste cruellement avec les prêts que les banques distribuaient allègrement avant la crise.
“Les banques elles-mêmes te proposaient les terrains, le financement, le crédit pour les travaux et même pour payer les impôts”, se souvient Eloy Dura Catala, président de la Fédération des entrepreneurs de la construction de Valence, une région qui s’est donnée à plein au boom immobilier.
“A l’époque, n’importe qui pouvait être promoteur ou constructeur. D’où la chute si violente, où presque la moitié des entreprises de BTP de la région ont disparu”, témoigne ce vétéran du secteur.
Dans toute l’Espagne, plus de 170.000 entreprises ont mis la clef sous la porte depuis 2008, en majorité des PME.
La reprise économique dépend pourtant des trois millions de PME qui ont survécu: “elles représentent 60% du PIB et soutiennent 80% de l’emploi”, explique Manuel Teruel, président du Conseil supérieur des chambres de commerce.
Impossible donc de résorber le chômage record, qui touche un actif sur quatre, tant qu’elles seront paralysées.
C’est justement en brandissant le gel des crédits que le gouvernement espagnol justifie la demande d’une aide historique pour ses banques, qui pourra s’élever jusqu’à 100 milliards d’euros.
Avec ce prêt européen s’ouvre pour l’Espagne “la possibilité que le crédit reparte”, insiste le chef du gouvernement Mariano Rajoy.
Mais Eloy Dura Catala, le constructeur, comme Manuel Espinar, l’hôtelier, s’accordent à penser que même si le sauvetage des banques est un succès, la situation tardera à se normaliser.
“C’est une bonne nouvelle mais le crédit ne repartira pas avant au moins un an”, prévoit ce dernier.
Douze longs mois pendant lesquels la situation de ses restaurants restera “paralysée”.