“Non” à la rigueur : les Espagnols appelés à descendre dans les rues

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à Madrid (Photo : Dominique Faget)

[19/07/2012 13:47:00] MADRID (AFP) Pour dire “non” au nouveau plan de rigueur du gouvernement, à la hausse de la TVA, aux coupes budgétaires qui frappent les fonctionnaires et les chômeurs, les Espagnols sont appelés par les syndicats à descendre jeudi soir dans les rues de tout le pays.

“Mains en l’air, c’est un hold-up”: le slogan est devenu le cri de ralliement des manifestations, spontanées ou organisées, qui se multiplient depuis l’annonce, le 11 juillet, de ce plan destiné à économiser 65 milliards d’euros.

Jeudi midi, des groupes de fonctionnaires se sont de nouveau éparpillés dans Madrid, promenant des pancartes où était écrit: “Non aux coupes dans la santé et l’éducation”, “Le pire ennemi d’un gouvernement corrompu, c’est un peuple cultivé”, ou ce seul mot, “NO”, illustré d’une paire de ciseaux.

Car la colère des Espagnols, déjà soumis à de lourds sacrifices dans un pays en récession, étranglés par un chômage de près de 25%, est montée d’un cran face à ce nouveau tour de vis.

“Ces mesures ne vont pas relancer la consommation, ne vont pas créer d’emploi, et elles frappent ceux qui comme nous ont une situation un peu plus stable, qui pourraient aider la consommation”, résume Ines Cornide, 44 ans, fonctionnaire dans la Justice qui manifestait cette semaine à Madrid.

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é, le 19 juillet 2012 (Photo : Dominique Faget)

Le gouvernement de droite cherche ainsi à redresser les comptes publics: le budget 2012, d’une rigueur historique avec 27,3 milliards d’euros d’économies, n’a pas suffi et l’Espagne s’est vu imposer par Bruxelles des conditions draconiennes, en échange d’une aide à ses banques et d’un délai, jusqu’en 2014, pour ramener son déficit public à moins de 3%.

Le ministre du Budget, Cristobal Montoro, a d’ailleurs prévenu, jeudi: “Il n’y a pas d’argent dans les caisses pour payer les services publics”.

“Nous présentons des réformes qui nous permettent de mieux nous financer”, a-t-il ajouté, alors que l’Espagne venait d’emprunter près de trois milliards d’euros à des taux très élevés.

Pour renflouer les caisses, c’est cette fois le pays tout entier qui va payer: renonçant à ses promesses, le chef du gouvernement Mariano Rajoy a décidé une hausse de la TVA, qui devrait rapporter 22 milliards d’euros d’ici à 2014.

Les fonctionnaires, qui ont déjà vu leur salaire réduit de 5% en 2010, puis gelé, perdent en 2012 leur prime de Noël, l’équivalent de 7% du salaire. Et les nouveaux chômeurs verront leurs indemnités réduites au bout de six mois.

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à Madrid (Photo : Javier Soriano)

“Ce ne sont pas seulement les fonctionnaires qui sont touchés, c’est pire pour les chômeurs. Et aucune mesure n’a été prise contre les grandes fortunes”, remarque une manifestante prénommée Teresa, fonctionnaire de 59 ans. “Je ne serais pas surprise que bientôt ce soit au tour des retraites”.

Répondant aux mots d’ordre des syndicats ou des “indignés”, ou alertés par les réseaux sociaux, des Espagnols de tous horizons se rassemblent quotidiennement dans les rues, portant les t-shirts jaunes des fonctionnaires de la Justice, verts de l’Education ou les blouses blanches des infirmières.

Parmi eux encore, des policiers en chemises noires, des pompiers casqués.

“Un pompier ici touche 1.500 à 1.550 euros en moyenne. Sans compter la prime de Noël, nous avons perdu presque 200 euros depuis les premières coupes de 2010”, explique Javier Piedra, un pompier de 41 ans des Asturies, dans le nord de l’Espagne, qui avait choisi, pour se faire entendre, de poser nu jeudi avec sept collègues.

Le syndicat de policiers CEP a lui aussi tiré le signal d’alarme, dans une lettre ouverte adressée mercredi à Mariano Rajoy, assurant que les policiers “ont atteint leurs limites, déçus par un gouvernement qui a asséné un coup mortel à leur économie familiale”.

Sous le mot d’ordre “Ils veulent ruiner le pays. Il faut l’empêcher. On est plus nombreux qu’eux”, les syndicats appellent à manifester jeudi dans 80 villes et ont menacé d’une nouvelle grève générale.