La facture de l’EPR de Flamanville flambe à 8,5 milliards d’euros

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éacteurs EPR en construction à la centrale nucléaire de Flamanville, le 8 novembre 2012 (Photo : Charly Triballeau)

[04/12/2012 08:47:54] PARIS (AFP) Le coût du réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche) n’en finit pas de flamber: EDF a annoncé lundi un surcoût de 2 milliards d’euros portant la facture à 8,5 milliards, de quoi affûter les armes des opposants à l’atome en plein débat sur l’avenir énergétique du pays.

Dans un communiqué, le groupe a expliqué avoir pris en compte différents facteurs dans cette révision à la hausse, notamment des études destinées à vérifier la robustesse de certaines pièces ou locaux qui n’avaient jusqu’ici jamais été réalisés avant la mise en service du réacteur.

Alors qu’EDF s’attendait à devoir modifier une centaine d’éléments, “on s’est aperçu que c’était près d’un millier” qu’il fallait revoir, “ce qui a une influence considérable sur l’évaluation globale de la charge des contrats”, sans modifier le calendrier d’achèvement, a expliqué à des journalistes Hervé Machenaud, directeur de la production et de l’ingéniérie chez EDF.

A cela s’ajoute l’intégration de nouvelles exigences réglementaires, ainsi que des enseignements postérieurs à la catastrophe nucléaire de Fukushima intervenue en mars 2011 au Japon, et des aléas industriels dont le remplacement de consoles, d’énormes pièces métalliques entourant le bâtiment réacteur, que le groupe a du changer après la détection de défauts.

Le coût de cet EPR avait déjà été quasiment doublé l’an dernier, à 6 milliards d’euros contre 3,3 milliards annoncés initialement en 2005. Outre les 2 milliards de surcoûts annoncés ce lundi, la prise en compte de l’inflation porte le total à 8,5 milliards d’euros en valeur actualisée, selon EDF.

Le géant français de l’électricité a en revanche maintenu le calendrier de mise en service de ce réacteur de 3e génération, tablant toujours sur un démarrage de la production en 2016, soit avec 4 ans de retard par rapport au calendrier d’achèvement initial.

“Brise le mythe du nucléaire pas cher”

Cette nouvelle tombe au plus mal pour EDF, alors que le gouvernement vient de lancer le débat national sur la transition énergétique, qui doit aider à définir la politique énergétique de la France et proposer des pistes pour réduire de 75 à 50% la part du nucléaire dans l’électricité à l’horizon 2025.

Le groupe a en outre écopé lundi pour la première fois d’une amende de 4.000 euros suite à une fuite radioactive à Golfech (Tarn-et-Garonne).

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éacteur EPR à la centrale nucléaire de Flamanville, le 10 novembre 2012 (Photo : Kenzo Tribouillard)

“Cette annonce enterre la compétitivité de l’EPR face à l’éolien” et “tue aussi la crédibilité de l’EPR à l’export”, a déclaré à l’AFP Sophia Majnoni, en charge des questions nucléaires à Greenpeace France.

“Voilà qui vient briser le mythe, si cela n’était pas déjà fait, du nucléaire pas cher. Ce sont 8,5 milliards gaspillés et détournés des véritables alternatives. Il faut arrêter les frais et stopper ce chantier qui est absurde”, a renchéri auprès de l’AFP, Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire.

Un argument rejeté par M. Machenaud, qui assure que même à ce niveau, le nucléaire reste moins cher que les énergies renouvelables hors hydraulique.

Le directeur financier Thomas Piquemal a par ailleurs assuré que cette réévaluation n’aurait pas d’impact sur les objectifs financiers d’EDF post-2012. Ils avaient été récemment abaissés, précipitant le cours d’EDF à de nouveaux plus bas historiques.

EDF a de plus estimé que, s’agissant de la “tête de série” d’une nouvelle génération de réacteurs, on ne pouvait en tirer de conclusions quant au coût des autres EPR qu’il souhaite bâtir en Grande-Bretagne. Selon la presse britannique, leur coût aurait flambé à 8,6 milliards d’euros l’unité, ce qui pourrait pousser le britannique Centrica, qui devait les co-financer, à jeter l’éponge.