Japon : la banque centrale maintient sa politique monétaire ultra-accommodante

photo_1369199884620-1-1.jpg
à Tokyo, le 20 mai 2013 (Photo : Yoshikazu Tsuno)

[22/05/2013 05:28:07] TOKYO (AFP) La Banque du Japon a jugé mercredi que l’économie nippone était en phase de reprise et décidé de maintenir en l’état sa politique monétaire ultra-accommodante, un mois et demi après l’avoir considérablement assouplie pour essayer de sortir l’archipel de la déflation.

Arpès deux jours de réunion, le comité de politique monétaire de la banque centrale (BoJ) a déclaré qu’elle allait poursuivre sa politique consistant à élever la base monétaire de 60 à 70.000 milliards de yens chaque année (455 à 530 milliards d’euros).

Son objectif: doubler en deux ans la base monétaire, essentiellement la masse d’argent liquide en circulation et les réserves obligatoires des banques, en procédant à des achats massifs d’actifs (notamment des obligations d’Etat), afin de parvenir à une inflation annuelle de 2% d’ici deux ans et sortir l’archipel de la déflation qui plombe son dynamisme depuis une quinzaine d’années.

“L’économie japonaise a commencé à rebondir”, s’est félicitée la BoJ dans un communiqué, quelques jours après la publication de chiffres encourageants pour la croissance du Japon, dont le produit intérieur brut a grimpé de 0,9% au premier trimestre par rapport au précédent.

Exportations, investissements privés et publics, consommation des ménages, production industrielle, conditions financières, la BoJ dirigée depuis deux mois par Haruhiko Kuroda a jugé que tous les voyants s’approchaient du vert, en partie grâce à ses propres mesures d’assouplissement monétaire.

Et si elle a concédé que les prix à la consommation “devraient continuer de baisser pour le moment”, après un nouveau repli de 0,9% en mars sur un an (tous produits confondus) elle a assuré qu’ils “devraient ensuite peu à peu augmenter”.

photo_1369200176201-1-1.jpg
échargés sur le port de Tokyo, le 22 mai 2013 (Photo : Yoshikazu Tsuno)

Lors de sa réunion précédente, la BoJ avait élevé ses prévisions d’inflation, attendue désormais à 0,7% pendant l’année budgétaire d’avril 2013 à mars 2014, à 3,4% en 2014/2015 (grâce aussi à un coup de pouce de deux points de pourcentage dû à l’augmentation prévue en avril 2014 de la taxe sur la consommation) et à 1,9% en 2015/2016.

Mercredi, l’institut a prévenu qu’il continuerait “sa politique d’assouplissement quantitatif et qualitatif autant que nécessaire” pour atteindre son objectif de 2% d’inflation par an.

Un des neuf membres du comité, Takahide Kiuchi, a toutefois proposé que la BoJ ne vise ces 2% qu’à moyen ou long terme (et non d’ici deux ans), et considère les mesures actuelles comme des dispositions intensives pour une période limitée d’environ deux ans.

Sa suggestion a été rejetée par les huit autres membres.

Dans son communiqué, la BoJ n’a pas fait mention de la hausse du taux des obligations d’Etat du Japon, qui sont montés ces derniers jours au-dessus de 0,9% pour l’échéance dix ans, au plus haut depuis plus d’un an, ces titres étant jugés moins lucratifs que les actions à la Bourse de Tokyo.

En augmentant considérablement la base monétaire, la BoJ veut faciliter la baisse des taux d’intérêt et créer un contexte monétaire qui facilite les prêts aux particuliers et entreprises afin de les inciter à investir pour dynamiser l’activité.

La BoJ avait pris sa décision marquante d’assouplissement le 4 avril, lors de la première réunion de politique monétaire dirigée par Haruhiko Kuroda, fraîchement choisi par le Premier ministre conservateur Shinzo Abe.

Arrivé au pouvoir en décembre, M. Abe a fait de la relance de la troisième puissance économique mondiale sa priorité.

L’assouplissement de la politique monétaire de la BoJ, statutairement indépendante, constitue l’un des trois moyens mis en oeuvre pour y parvenir, aux côtés de dépenses budgétaires étatiques (notamment des grands travaux) et d’une “dérégulation” censée favoriser les investissements, dont M. Abe doit encore préciser les contours.

Le niveau du yen, qui avait chuté après les décisions du 4 avril, n’a pas été fortement affecté par les déclarations de mercredi.