Il y a 50 ans à Sainte-Geneviève-des-Bois : l’invention de l’hypermarché

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é Carrefour de Sainte-Geneviève-des-Bois, le 14 juin 2013 (Photo : Fred Dufour)

[15/06/2013 07:09:40] SAINTE-GENEVIÈVE-DES-BOIS (Essonne) (AFP) Il y a 50 ans, était créé en France, sur la petite commune de Sainte-Geneviève-des-Bois, à 24 kilomètres au sud-ouest de Paris, le premier hypermarché de l’Hexagone, un concept qui allait connaître un succès immédiat et révolutionner les modes de consommation des Français.

Sainte-Geneviève: son donjon, son orangerie, son cimetière russe où reposent Rudolf Noureev et Andreï Tarkovski, son hypermarché Carrefour…

Le 15 juin 1963, cette modeste commune de l’Essonne (17.600 habitants à l’époque) située en bordure de l’autoroute du Soleil, accueillait le “premier grand magasin à libre-service” s’étendant sur 2.500 m2 et doté de 450 places de parkings, le tout implanté sur un terrain de 20.000 m2 à quelques enjambées du centre-ville.

Si le terme d'”hypermarché” n’existe pas encore (il sera inventé quelques années plus tard par le magazine LSA, la bible de la grande distribution), le magasin de Sainte-Geneviève-des-Bois, ouvert tous les jours jusqu’à 22 heures, le dimanche matin et le lundi après-midi, regroupe les quatre concepts qui feront la fortune des propriétaires de l’enseigne, les familles savoyardes Fournier et Defforey: l’implantation en périphérie, le discount, le libre service et “tout sous le même toit” à savoir près de 5.000 références de produits frais mais également de non-alimentaire comme le textile ou l’électro-ménager.

“La formule est révolutionnaire”, résume Jean-Claude Daumas, historien de la grande distribution.

Le succès sera immédiat.

“Les premiers jours, il y a eu des chiffres d’affaires absolument invraisemblables. Ils ont dû fermer le magasin plusieurs fois le jour de l’inauguration pour réguler le flot des consommateurs”, relève M. Daumas.

Plus de 5.000 personnes se pressent en effet ce 15 juin dans les allées de ce nouveau magasin béni par un prêtre et parrainé par la sulfureuse Françoise Sagan.

“ça ne durera pas”

La clientèle dépense près de trois fois plus que dans un supermarché traditionnel. Dans le plus grand désordre, tout le personnel est réquisitionné et les 18 caisses sont mises en marche tandis que les pompes à essence vendue au prix coûtant tombent en panne.

“Il y a un vrai succès de curiosité. Les prix sont tellement bas que les gens se disent que ça ne durera pas”, indique M. Daumas.

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é Carrefour de Sainte-Geneviève-des-Bois, le 14 juin 2013 (Photo : Fred Dufour)

“L’impact des hypermarchés aura un rôle considérable dans l’élévation du niveau de consommation et in fine du niveau de vie des Français, car les petits commerçants pratiquaient des taux de marge extraordinaires”, souligne l’historien.

“Il y avait beaucoup de gens qui venaient faire un tour pour voir où s’approvisionner. Il y avait même des voitures immatriculées à Paris. Si aujourd’hui, c’est banal, ça nous avait frappés à l’époque”, témoigne Bernard Usseglio, 72 ans.

Le nouveau magasin s’attire cependant les foudres des petits commerçants de la région qui lui prédisent une fin rapide.

Au contraire, ce sont les plus fragiles des 110 commerces d’alimentation que comptait la ville en 1962 qui disparaîtront. D’aucuns parleront, non sans humour, de “Carrefourite” pour décrire les effets de l’hypermarché sur la santé des commerçants de la petite ville, comme le rapporte une monographie de la société d’histoire de Sainte-Geneviève-des-Bois.

“Il a été critiqué… comme les employés. On disait que c’était pas sérieux. Qu’il y avait beaucoup de rencontres, des divorces”, s’offusque Alice Ponticelli, 77 ans, et Génovéfaine depuis toujours qui se souvient avec bonheur de ses 33 années de 1964 à 1997 comme salariée dans cet hyper.

Cinquante ans après, le maire de Sainte-Geneviève, Olivier Léonhardt (PS) se félicite de l’osmose régnant entre l’hypermarché et sa ville qu’il assure être celle où le commerce local est le plus développé en Essonne.

“Le débat classique sur la grande distribution n’a pas beaucoup de sens ici (…) C’est un élément constitutif du patrimoine. Ca a forgé l’identité de la ville qui n’en avait pas forcément au départ. Au même titre que le cimetière russe”, se félicite le maire d’une commune où Carrefour, avec 270 collaborateurs, est le premier employeur privé.

De l’hypermarché originel, seuls subsistent en 2013 la structure et le groupe électrogène: “le magasin a été rénové à 99%”, remarque avec gourmandise son nouveau directeur. Avec ses 8.000 m2, ses 36 caisses et ses 900 places de parking, le magasin de Sainte-Geneviève-des-Bois ferait presque office d’hypermarché de proximité dans une région, l’Ile-de-France où 200 hypers occupent 1 297 514 m2.