A Paris, l’immobilier de luxe ne connaît (presque) plus la crise

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à Paris, le 14 juillet 2013 (Photo : FRED DUFOUR)

[15/07/2013 11:17:06] Paris (AFP) Après une année plus que morose, le marché immobilier de luxe semble reprendre des couleurs dans la capitale, selon les professionnels du secteur, tout en restant loin des niveaux fastes des années précédentes.

“Après douze mois très médiocres, le marché des beaux appartements se reprend”, juge la société spécialisée Daniel Féau, qui dit avoir vu ses ventes fortement rebondir au deuxième trimestre, avec 275 millions d’euros de transactions et une moyenne de deux ventes quotidiennes.

De son côté la société Barnes note depuis le 1er juin une “accélération des transactions” et affiche 80 ventes dont 58 au-delà de 1 million d’euros, à Paris et en région parisienne (Hauts-de-Seine et Yvelines), avec un marché “très dynamique pour les biens de qualité, en état impeccable”, dont les prix ont baissé de 5% en moyenne sur un an.

Ce recul des prix, “proche de 8% en moyenne” sur un an chez Daniel Féau, a redynamisé le marché des appartements hauts de gamme et des hôtels particuliers d’une valeur supérieure à deux millions d’euros, souligne cette société.

Mais le groupe familial Emile Garcin, spécialiste de “l’immobilier remarquable”, se montre plus prudent. “Je ne pense pas que le mois de juillet tiendra ses promesses comme il le fait habituellement, car c’est l’un des deux meilleurs mois de l’année avec décembre”, estime Eric Vincent, directeur de l’agence Rive gauche chez Garcin.

“Le mois d’avril a été très bon, nous avons eu beaucoup d’activité, les clients sont là, ils regardent… mais les prises de décisions sont de plus en plus longues. On sent un manque de confiance lié à la crise, et les étrangers sont beaucoup moins présents”, dit-il.

un marché coups de coeur devenu plus raisonné

Un retrait confirmé par le président de Barnes, Thibault de Saint-Vincent, chez qui la clientèle internationale – venue de Russie, du Moyen-Orient, du Brésil, du Liban ou d’Egypte – ne représente plus que 15% des transactions sur la Rive gauche, très prisée par les étrangers, contre 40% il y a deux ans. En revanche sur le marché très restreint des biens d’exception (au-dessus de 5 millions d’euros), 85% sont des non-résidents.

Et l’immobilier de luxe, autrefois un “marché de coups de coeur, est devenu beaucoup plus raisonné”, analyse M. Vincent. Devenus plus exigeants, “les acheteurs, tout en ayant l’avantage d’obtenir des taux (de crédit immobilier) historiquement bas, profitent de l’été pour négocier des biens qui sont sur le marché depuis longtemps”, renchérit la directrice de Féau Auteuil.

Ainsi les biens qui ont des défauts ou nécessitent des travaux trouvent moins facilement preneur et subissent une décote qui peut aller jusqu’à 20%, car dans le même temps un grand nombre de biens de qualité sont sur le marché, et se négocient souvent en moins de trois mois.

Au final, même en ces temps de crise et de chômage, “Paris, qui restera toujours Paris, semble être le dernier bastion en France où il fait bon investir dans l’immobilier”, estime Thibault de Saint-Vincent. Selon lui, l’écart se creuse avec la province – hormis des endroits prisés ou “à la mode” tels Saint-Tropez ou l’île de Ré… -, où la clientèle fortunée hésite à investir pour “sécuriser sa retraite ou ses enfants” car la plus-value y est beaucoup plus incertaine, et la revente bien plus difficile.

Enfin, de riches provinciaux ou franciliens affluent vers Paris pour des raisons de sécurité, rapporte M de Saint-Vincent, tel cet entrepreneur de Marseille attaqué à trois reprises à son domicile, qui vient d’emménager dans le XVIe arrondissement de Paris. “Nous avons trois autres clients qui ont quitté la région parisienne pour se loger dans Paris, là encore pour leur sécurité”, rapporte-t-il.

Mais après le “gros coup de frein” d’il y a un an et demi qui a fait reculer l’activité d’environ 30%, l’immobilier de luxe est loin d’avoir retrouvé ses niveaux des années 2006 à 2011, estime un professionnel.