Moscovici en Grèce pour soutenir le gouvernement à la veille d’une présidentielle à suspense

40ca1b4bd23eb5c094ed67a2eab8478efffcd4c1.jpg
éen à l?Economie Pierre Moscovici, le 12 décembre 2014 à Rome (Photo : Gabriel Bouys )

[15/12/2014 10:46:59] Athènes (AFP) Le Commissaire européen à l?Economie Pierre Moscovici arrive lundi en Grèce, à deux jours du début d’un scrutin présidentiel qui menace de faire dérailler les efforts de réformes du pays et inquiète la zone euro et les marchés.

M. Moscovici rencontrera lundi après-midi et mardi les principaux ministres et le Premier ministre conservateur Antonis Samaras, à la tête depuis 2012 d’une coalition droite-socialistes, et leur demandera, dans un esprit “de justice mais de fermeté”, de “continuer dans la voie de la reconstruction et du développement”, a-t-il expliqué ce week-end sur son blog et au quotidien grec Kathimerini.

La Grèce sort à peine de six ans de récession, le peuple a subi des réformes très dures en échange de 240 milliards d’euros prêtés au pays par ses créanciers (UE, BCE, FMI), et le plan d’aide de l’Union européenne, qui devait s’achever le 31 décembre, a dû être allongé de deux mois avant le versement des derniers 1,8 milliard d’euros.

Dans ce contexte fragile, M. Samaras a pris tout le monde de court lundi dernier en avançant de deux mois l’élection par le Parlement du nouveau président de la République, provoquant une chute de 20,3% de la Bourse d’Athènes en quatre séances.

Motif de cette panique: si le candidat du gouvernement ne parvient pas à se faire élire par les députés au terme des trois tours de scrutin, les 17, 23 et 29 décembre, il y aura dissolution de l’Assemblée, et le parti de gauche radicale Syriza, favori des sondages, pourrait gagner les législatives anticipées organisées dans la foulée.

Or, les marchés craignent que ce parti anti-austérité revienne sur les réformes mises en ?uvre depuis 2010, lors de l’éclosion de la crise de la dette.

Le risque est “potentiellement létal”, n’hésitent pas à affirmer les analystes de la banque Berenberg, qui craignent “le retour d’une possibilité de sortie de l’euro”.

Jésus Castillo, de Natixis, observe cependant qu’à côté des “discours de campagne agressifs” du parti d’Alexis Tsipras commencent à poindre des positions plus marquées par “le pragmatisme et le réalisme”.

– ‘Campagne alarmiste’ –

Quoi qu’il en soit, l’UE semble préférer éviter de tenter l’expérience pour l’instant.

“Nous préférerions que l’actuel Parlement élise un président”, a indiqué M. Moscovici à Kathimerini. Il a qualifié aussi d'”homme bien” le candidat officiel à la succession de l’actuel président Carolos Papoulias, l’ancien commissaire européen Stavros Dimas.

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a été plus direct à la télévision autrichienne jeudi, en lançant qu’il “n’aimerait pas que des forces extrêmes arrivent au pouvoir” en Grèce, et qu’il “préfère revoir des visages familiers en janvier”. “Provocation”, “ingérence”, a dénoncé Syriza.

M. Tsipras a accusé ce week-end Bruxelles et M. Samaras de mener “une campagne alarmiste”, relevant avec ironie 15 fois le mot “peur” dans une tribune du Premier ministre parue dans le journal Real News.

Le gouvernement, soutenu par 155 députés sur 300, n’a quasiment aucune chance de faire élire M. Dimas aux deux premiers tours, où 200 “oui” sont nécessaires. Il doit en dénicher 25 pour obtenir les 180 “oui” requis au troisième tour.

La probabilité d’un succès est “faible”, selon Jésus Castillo. Syriza (71 députés), le parti communiste KKE (12), les souverainistes des Grecs indépendants (12) et le parti d’inspiration néo-nazie Aube dorée (16) ont indiqué qu’ils ne voteraient pas pour M. Dimas.

Le gouvernement va chercher le salut parmi les 24 indépendants et non-inscrits, voire chez les 10 députés du parti de gauche démocratique DIMAR, auquel les sondages prédisent d’atteindre péniblement dans de prochaines législatives la barre des 3% de voix nécessaire pour avoir des élus.

M. Samaras peut néanmoins se réjouir de voir l’épouvantail d’une déstabilisation du pays commencer à alarmer les électeurs: selon deux sondages publiés ce week-end, près de six Grecs sur 10 redoutent un effet négatif de législatives anticipées, tandis que l’avantage de Syriza sur Nouvelle-Démocratie, le parti du Premier ministre, s’est réduit récemment à trois points.